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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 10:10

Nous pouvons partir de cette vérité, à savoir que l’homme ne peut

pas se connaître en totalité.

 

       Saint Augustin, lui même, philosophe et évêque catholique, écrivait dans ses Confessions ( 397-401 ), je ne puis saisir tout ce que je suis…je suis pour moi même une énigme. Se dégageant de la pensée religieuse, Descartes ( 1596-1650 ) avait écrit son fameux Cogito, ergo sum ( je pense donc je suis ) définissant ainsi l’homme comme un être de pensée, un homme de raison. Freud, dans une de ses conférences de 1916, dit alors, Le Moi n’est pas maître dans sa propre demeure, laissant entendre qu’il y a un en-deçà ou un au-delà du Moi, qu’un autre psychanalyste, Lacan, apellera le sujet de l’inconscient.

 

       Il y a donc une part de l’homme qui lui échappera toujours malgré tous ses efforts de la comprendre, d’en chercher les causes ou ses origines, de la maîtriser ou de lui donner du sens. Cette part de l’homme, Freud lui donnera le nom d’inconscient, lieu où loge la vérité du sujet.

 

       Dans cette vertigineuse exploration de l’inconscient Freud va découvrir la sensation d’une inquiétante étrangeté. Pour expliquer cela, il utilise le terme de das Unheimliche, terme qui articule en allemand l’étrange, le familier et l’inquiétant. Plus tard, il utilisera le terme de terre étrangère interne. Etranger ( Fremd ) est donc ce lieu de l’inconscient qui habite le sujet et reste hors de sa prise. De là le plus familier même peut revenir hanter ce dernier de manière énigmatique et effrayante en suscitant ce sentiment paradoxal d’inquiétante étrangeté c’est à dire un sentiment étrange fait d’inconnu et de familier en même temps.

 

       La traduction française du terme freudien allemand dasUnbewusste par celui d’inconscient  n’est pas des plus heureuses car il risque d’être opposé à conscient, ce qui n’est pas le cas pour la psychanalyse. La traduction littérale serait plus juste, à savoir, le non-su ou plus simplement l’insu, c’est à dire ce qui se dit ou se passe à l’insu de la personne, tel que dans les rêves, les symptômes, certaines maladies, les lapsus, les actes manquées, etc…qui témoignent de cette étrangeté.

 

       Nous ne serons jamais en totalité ce que nous voudrions être. L’Idéal du moi est parfois féroce et persécuteur. Les exemples ne manquent pas dans l’histoire où des hommes vantards et « fort en gueule » se sont révélés lâches dans des situations extrêmes, tandis que d’autres, peureux ou timides, ont eu des conduites héroïques.

 

       Dans la pièce Vu du pont de Arthur Miller, le personnage principal, Eddie est un brave homme qui menait de ce côté ci du pont sa dure existence de débardeur. Mais il ne veut pas reconnaître son étrangeté, à savoir, cette passion qui s’est installée dans son corps comme une bête qui l’aurait tourmenté sans répit. Dans son affection réelle pour sa nièce pour laquelle il s’est imposé une noble mission éducative, s’est installé «  un plus fort que lui », à son insu, un amour incestuel pour sa nièce qui va le ravager.

 

       Chaque sujet humain est confronté à sa part d’ étrangeté. L’exclusion, le rejet, les racismes, les guerres sont bien souvent les expressions d’un refus d’y regarder un peu quelque chose de notre propre étrangeté. Elles consistent souvent à projeter dans l’autre ce que nous n’aimons pas de nous mêmes en lui attribuant notre part d’ombre que nous refusons provoquant ainsi des ravages pour la dignité de l’homme tant pour le bourreau que pour sa victime.

 

 

                                           Alain Brice

 

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