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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 11:16

gare_du_nord-300x225.jpgFrontières

 

Les frontières sont ancrées en moi depuis que je suis tout petit. Tantôt de la France vers l'Allemagne en passant par la Belgique. Tantôt, deux mois de vacances passés, dans l'autre sens.

 

Quand ma grand-mère Marianne ne m'accompagnait pas, mes parents donnaient quelques sous au contrôleur pour qu'il veille sur moi.  Je me souviens avoir été en possession d'une sorte de petit passeport gris dépliant. J'étais fier quand les douaniers y apposaient un nouveau tampon.

 

J'ai peu de souvenirs précis de ces voyages. Je les faisais deux, trois fois par an, aux grandes vacances, à Noël, et de temps en temps à Pâques. Mais je me souviens très bien de ma tête penchée par la fenêtre du compartiment, du bruit de la locomotive, des coups de sifflet, des panaches de fumée et de leur odeur particulière. Je me souviens des scories incandescentes qui me frappaient le visage. Et surtout de l'odeur âcre du  souffre lorsque le train s'enfonçait dans un tunnel.

 

Je revois les panneaux des gares, des villes dans lesquelles je n'ai jamais posé le pied : Saint-Quentin, Maubeuge, Lüttich, Aachen, Köln. Je me souviens du gris sale de la gare du Nord, de la verrière aux vitres envolées, et de la gare de Cologne en ruine, de la flèche en loque de la cathédrale qui la jouxte.

 

La frontière, c'est peut être une question de langue. Le gamin turbulent parlait deux langues, mais en vérité non. Je n'ai jamais parlé deux langues. Arrivé à la frontière, je changeais de langue. Français en France, allemand en Allemagne. "Montre-nous comme tu parles bien le français" me demandait-on. Pour rien au monde, jamais, je n'aurai accepté. Mutisme complet. Une langue, un pays. Basta.

 

Paris, je vois le long boulevard qui mène tout droit à notre appartement du boulevard Sébastopol. Valise à la main, nous le descendions à pieds depuis la gare du Nord. Chouette ! Demain je retourne à la Communale. J'y retrouverai tous mes copains, tous juifs, arabes, polacks, ritals, et moi, petit teuton. Des billes plein la poche; on jouera à la sortie, sur le trottoir face à l'école Centrale, ou bien au square des Art-et-Métiers.

 

Cologne dévastée, tas de pierres, de débris proprement alignés le long des rues. A Cologne, grand-mère Marianne m'emmenait chez sa sœur, tante Vilma. Dans une rue en ruines, nous grimpions à l'étage du seul immeuble resté debout. Le lendemain, nous étions de retour à la gare pour un autre train; cette fois-ci en direction de mon pays natal, le Sauerland, ce qui, traduit littéralement, veut dire "le pays amer". Un pays amer peut-il seulement avoir une frontière ?

 

La frontière est en moi. Je la promène partout avec moi, et l'odeur des tunnels.

 

Pierrot, 15/04/2012

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